Si le sport en général est une école d’humilité, le marathon en particulier pousse à l’excès cette évidence. Se mettre sur une ligne de départ de cette épreuve mythique n’est jamais un acte anodin loin s’en faut et c’est sans doute ici qu’il faut rechercher la raison de son irrésistible attrait.
Cette année, je me suis construit un programme chargé en imaginant bien que la performance ne serait pas toujours au rendez-vous. Pourtant, après le marathon de Paris couru avec Cécile, je me suis senti fort, si fort …Si fort que moins d’une semaine plus tard, je me présentais au départ d’un semi-marathon qui ne devait être que le prétexte à une sortie longue. Billevesée ! Une fois lancé, c’est en compétiteur que je bouclais en moins d’1h30 les Foulées Saint-Selvaises, aiguillonné par la présence non loin devant moi de Xavier et Christophe, habituels compagnons Galopins sur les courses girondines. Alors, courir le marathon de Madrid sur cette lancée ? Pas de problème, ma confiance est au zénith et mes jambes ignorent encore qu’elles vont bientôt fêter leur demi-siècle.
C’est en famille que s’est organisé ce déplacement en Espagne. Voyageurs peu expérimentés, notre parcours aller va connaître quelques hésitations du côté de Bilbao avant de retrouver le chemin de Madrid et d’être chaleureusement accueilli par Isabelle et Juan. Le soleil nous a accompagné tout au long du voyage et semble bien installé sur Madrid ce qui ne manque pas de m’inquiéter pour le marathon. Après s’être installés dans la somptueuse maison de nos hôtes madrilènes et avoir dégusté la succulente tortilla cuisiné par Juan, nous irons faire une visite de « Madrid by night » avec un arrêt respectueux devant le stade Santiago Bernabéu qui s’apprête à fêter un nouveau sacre pour le Real dans la Liga. Malheureusement, le lendemain, Villareal retardera la fête en allant s’imposer à Séville.
Le samedi, passage au Marathon Expo où le retrait des dossards nécessite le passage par une longue file d’attente assez surprenante. Que ce soit à New-York ou bien à Paris où le nombre de coureurs est bien supérieur, cette opération ne posait pas de problème. Toutefois, la file avance relativement vite et nous retrouvons Ederame en famille pour la traditionnelle photo CLM avec corsaire. Je ne résiste pas à l’achat des chaussettes à doigts Injinji (sans vouloir concurrencer 5toes). Après la délicieuse paëlla de Juan, notre chef cuisinier espagnol préféré, Isabelle va nous guider dans le vieux Madrid mais aussi dans quelques magasins pour le plus grand plaisir de Mireille et de Maëlle.
Dimanche matin, après le petit déjeuner habituel du bon marathonien, Juan me conduit vers la zone de départ qui frétille de coureurs. Certes, ce n’est pas Paris en nombre mais l’espagnol est volubile et le niveau sonore des conversations peut concurrencer les plus grands marathons. Même si mon niveau en espagnol est proche du néant, je peux imaginer sans peine la nature des échanges entre les coureurs. C’est l’international des marathoniens, sous toutes les latitudes, le sas de départ d’un marathon résonne des mêmes incertitudes même si elles s’expriment dans des langues et sous des formes différentes. Nous avons droit à un lâcher de parachutistes puis au survol de la « Patrulla Aguila » une première fois avec fumée blanche et la seconde avec les couleurs du drapeau national. Devant nous, les Kenyans sont entrés dans le sas élite et font figure de favoris. A 9h00 précise, le peloton est lancé pour une première partie de parcours sur un faux-plat montant de plusieurs kilomètres (Paseo de la Castellana). Je suis immédiatement sur le tempo que je m’étais fixé à 4’40 au km. J’ai choisi la tenue la plus légère possible en prévision d’une température déjà importante pour cette heure matinale et dont je crains l’élévation dans des hauteurs inconfortables. Le ciel est d’un bleu d’azur avec pour tout nuage les traces éphémères laissées par les Casa C-101. Après le 5ème km, je suis bien content de trouver un peu de descente mais j’essaye de ne pas m’emballer. Les spectateurs ne sont pas aussi nombreux que je l’avais imaginé mais ils ont cette faculté à l’encouragement que l’on ne trouve guère en France. Les rues résonnent des « Animo » et des « Vamos » répétés et qui font chaud au cœur. J’avais donné un temps de passage entre 45 et 50 minutes à mes supporters pour qu’ils se positionnent au 10ème km. Je suis bien dans le créneau prévu mais seul Juan est là, le reste de la troupe venu en métro me manquera de 2 minutes. Une belle descente à venir avec une bonne initiative des organisateurs qui ont positionné plusieurs postes de brumisateurs sous lesquels je ne manque pas de passer. Le soleil est désormais un peu voilé par de légers nuages ce qui contient un peu la montée de la température. Nous sommes désormais dans le vieux Madrid et il règne une ambiance de folie au passage de la Puerta del Sol. Cette fois, les espagnols sont levés et c’est une foule énorme qui nous acclame au son amplifié d’un orchestre rock. La visite de Madrid se poursuit avec le Palacio Real et ses jardins en contrebas de notre circuit. Au passage du semi-marathon, j’ai pris une légère avance sur le timing prévu mais il s’agit plus pour moi de gérer les passages en montée qui me demande toujours un effort. Au deuxième point de rendez-vous, vers le 24ème km, cette fois j’aperçois mes fidèles supporters au complet l’œil rivé sur l’appareil photo pour ne pas manquer le héros du jour. Nous entrons dans le parc Casa de Campo où se trouvait le Marathon Expo. C’est tout d’abord une longue et interminable montée qui va faire basculer mes sensations de course. Jusqu’à cet instant, j’avais le sentiment de maîtriser mon marathon. Je n’étais pas sur une allure facile mais je pensais avoir une petite marge et être loin de la surchauffe. Or cette montée, je la prends comme une claque. Tout semble se dérégler, le souffle se fait plus rapide, les jambes semblent moins véloces et surtout, il y a le signe qui ne trompe pas : je ressens la pression dans mes oreilles comme lors d’une descente en avion. Pour l’avoir connu à plusieurs reprises sur marathon, je sais ce que cela signifie. Je ne retrouverais pas mon rythme initial même une fois la difficulté passée. Ces kilomètres dans le parc où il n’y a aucun public vont me sembler très longs et je vais mettre un certain temps à accepter le verdict. Dans ces moments, le mental peut suppléer la défaillance physique mais dans l’instant, je suis encore à me questionner sur l’origine de cette soudaine baisse de régime que rien ne me laissait présager. Pourtant, c’est bien aussi pour connaître ces moments et parvenir à les surmonter que j’aime passionnément le marathon. Je me suis cru si fort, avec mon expérience, avec ma forme du moment, que rien ne pouvait m’arriver. Je croyais dominer mon sujet et je n’ai pas pris garde aux signes avant coureurs. J’ai tout simplement manqué d’humilité face à l’épreuve et celle-ci m’a immédiatement et cruellement rappelé à l’ordre. Alors, une fois cette analyse de comptoir effectuée tout en courant, je peux reprendre le contrôle de ma course en prenant en compte les nouveaux paramètres. L’exercice devient moins plaisant mais toutefois tellement riche en émotions, je suis désormais plus à l’écoute de mon corps qui m’indique clairement les limites à ne pas dépasser. Le rythme a baissé mais reste toutefois honorable et je dois accepter de ralentir encore un peu sur cette fin de parcours qui n’en finit pas de monter. Le ballon meneur d’allure de 3h30 me rejoint au 40ème km sans que je puisse réellement m’y accrocher. A l’entrée du Parque del Buen Retiro, Maëlle et Juan viennent courir quelques mètres à mes côtés avant qu’un membre de l’organisation ne leur demande de s’arrêter. Dommage, j’aurais aimé franchir la ligne avec eux. C’est maintenant la ligne droite d’arrivée que je franchis en un peu plus de 3h31’, un peu fatigué mais ravi. La zone de ravitaillement est placée dans le prolongement de la ligne d’arrivée avec un stand par produit (eau, pastèques, pommes, bière, sodas, barres et même des crackers pour l’apéritif ….). Je m’autorise une petite pression, juste pour les fameuses levures qui sont, tout le monde le sait, très bénéfiques à la récupération du marathonien en général et plus particulièrement au marathonien membre de CLM. Après la remise de la médaille de belle taille, je peux retrouver facilement mon fan club qui n’a pas ménagé ses efforts pour suivre ma pérégrination. Assis dans l’herbe, je m’aperçois avec plaisir que si ce marathon n’a pas été facile, mon état général est très satisfaisant et que je ne me sens pas trop mal. Ce sera d’ailleurs l’enseignement principal que je peux tirer de ce marathon, dorénavant, il me semble que mon état post-marathon est un élément essentiel de ma satisfaction de course. Je ne suis plus prêt à finir déchiré avec le restant de la journée passé cloîtré à récupérer et à connaître des lendemains trop douloureux. Ici, je peux rejoindre en marchant normalement la voiture qui est stationnée assez loin et nous irons faire une belle promenade en fin d’après-midi. Ce week-end à Madrid restera un vrai grand moment dont le marathon a été l’une des composantes mais pas la seule. Et maintenant, mon regard de marathonien se porte vers Blaye et sa Citadelle !
1 réponse pour le moment ↓
1 O2C // 3 mai 2008 à 12:40
un discours plein d’humilité par une personne passionnée et si expérimentée sur cette distance.
Sache que tu donnes envie de connaître « la petite pression dans les orteils » !!!
Bravo .
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